L'essentiel — En Algérie, la loi (le Code de la famille) fixe elle-même les parts de chaque héritier : en général, un fils reçoit l'équivalent de deux filles. Le testament (la wassiya) ne peut pas changer ces parts : il ne peut porter que sur un tiers maximum de ce que vous laissez, et jamais au profit d'un héritier légal. Vérifié le 2026-07-14.
Qui est concerné, ce qu'il faut savoir
Vous êtes concerné si : - Vous avez des biens en Algérie (maison de famille, terrain, appartement, compte bancaire, voiture). - Vous êtes héritier d'un parent qui laisse quelque chose au pays. - Vous voulez anticiper votre propre succession pour éviter les disputes.
Le principe de base est simple : en Algérie, vous ne choisissez pas librement qui hérite. C'est la loi qui décide, selon le Code de la famille (loi n° 84-11 de 1984, plusieurs fois modifiée). On appelle ça la fara'idh (les parts fixées).
👉 Pour une vue d'ensemble des démarches, lisez d'abord notre guide Succession et héritage en Algérie : guide pour la diaspora.
La règle : « un fils = deux filles »
C'est la règle la plus connue, et souvent la plus mal comprise. Voici, très concrètement, ce qu'elle veut dire.
Exemple simple. Un père laisse une maison estimée à 6 000 000 DA. Il a 1 fils et 2 filles, pas d'autre héritier vivant. - Le fils compte pour 2 parts. - Chaque fille compte pour 1 part. - Total = 4 parts → chaque part vaut 1 500 000 DA. - Le fils reçoit 3 000 000 DA, chaque fille 1 500 000 DA.
Autre cas fréquent. Si le défunt ne laisse que des filles (une, deux, ou plus), elles n'héritent pas de la totalité automatiquement : une partie peut revenir à d'autres héritiers (frères du défunt, père du défunt s'il est vivant, etc.). C'est là que ça devient technique — et que le calcul dépend de qui est vivant au moment du décès.
⚠️ Attention : conjoint(e), parents (père/mère) du défunt, et parfois grands-parents ou frères/sœurs, entrent aussi dans la répartition. La règle « un fils = deux filles » ne s'applique qu'entre enfants, une fois les autres parts fixes prélevées. Ne calculez jamais une succession seul·e : consultez un notaire en Algérie.
Le testament (wassiya) : ce qu'il change… et ce qu'il ne change pas
Beaucoup de familles pensent qu'un testament permet de « rééquilibrer » l'héritage (par exemple donner autant aux filles qu'aux fils). C'est faux. Voici ce que la wassiya peut, et ne peut pas, faire.
Ce que la wassiya PEUT faire : - Léguer jusqu'à un tiers (1/3) maximum de vos biens. - Ce tiers peut aller à une personne qui n'est PAS héritière légale : un ami, une association, un voisin, une œuvre de bienfaisance, un enfant adopté au sens de la kafala, etc. - Payer une dette morale, financer un projet précis (mosquée, école, hôpital).
Ce que la wassiya NE PEUT PAS faire : - Léguer plus d'un tiers de vos biens (au-delà, la partie qui dépasse est en principe annulée, sauf accord unanime des héritiers après le décès). - Léguer à un héritier légal (fils, fille, épouse, parent). Un legs au profit d'un héritier n'est valable que si tous les autres héritiers l'acceptent après le décès — ce qui est rare en pratique. - Déshériter quelqu'un. - Modifier les parts fixées par la loi entre les enfants.
Autrement dit : la marge de liberté existe, mais elle est étroite (le tiers) et encadrée. Pour rédiger correctement une wassiya, lisez notre guide dédié : Faire un testament (wassiya) pour ses biens en Algérie.
Étapes concrètes pour anticiper
- Faites l'inventaire de vos biens en Algérie (titres de propriété, comptes, véhicules).
- Régularisez ce qui traîne : successions non partagées de vos parents, indivision entre frères et sœurs. Voir Indivision en Algérie : sortir et partager l'héritage.
- Parlez-en en famille — le non-dit est le premier facteur de conflit.
- Consultez un notaire en Algérie (voir l'annuaire de la Chambre nationale des notaires d'Algérie) pour simuler qui hérite de quoi selon la loi.
- Si vous voulez avantager quelqu'un hors héritiers (association, ami, enfant en kafala), rédigez une wassiya devant notaire — pas sur un simple papier.
- Autre piste : donner de son vivant (voir Donner un bien immobilier en Algérie), avec ses propres règles fiscales et familiales.
Pièces généralement demandées
- Acte de décès du défunt (12 S).
- Fredha (acte de notoriété, dressé par le notaire, qui liste officiellement les héritiers).
- Actes de naissance de tous les héritiers.
- Livret de famille.
- Titres de propriété des biens à partager.
- Éventuellement : contrat de mariage, jugement de divorce, kafala.
Coût & délais (ordres de grandeur)
Les tarifs des notaires sont réglementés en Algérie et dépendent de la valeur des biens. Pour un ordre d'idée : - Fredha : généralement quelques milliers de dinars (à confirmer auprès du notaire au 2026-07-14). - Partage : frais notariés proportionnels à la valeur des biens, à vérifier au cas par cas. - Délais : de quelques semaines à plusieurs années si les héritiers ne sont pas d'accord ou si des biens sont en indivision ancienne.
Aucun barème précis n'est communiqué ici : demandez un devis écrit au notaire choisi.
Pièges & erreurs fréquentes (anti-arnaque)
- ⚠️ « Signer un papier pour renoncer à sa part » sous pression familiale, sans notaire : nul et source de conflits durables. Toute renonciation doit passer par un acte notarié.
- ⚠️ Testament rédigé seul sur une feuille : très fragile juridiquement. En Algérie, la wassiya doit être authentique (devant notaire) ou remplir des conditions strictes.
- ⚠️ « Intermédiaire » qui promet de régler la succession sans notaire, contre commission : fuyez. Seul le notaire est habilité.
- ⚠️ Oublier le conjoint survivant dans le calcul : l'épouse (ou l'époux) a une part fixe, souvent 1/8 ou 1/4 selon la présence d'enfants.
- ⚠️ Croire qu'un jugement français (par exemple un testament français) s'applique automatiquement en Algérie. Les biens immobiliers situés en Algérie relèvent en principe de la loi algérienne.
FAQ
Une fille peut-elle recevoir autant qu'un fils via un testament ? Non, pas par testament classique. La wassiya ne peut pas modifier les parts entre héritiers légaux. En revanche, un parent peut donner de son vivant à sa fille (donation notariée) pour compenser — dans le respect des règles du Code de la famille.
Que se passe-t-il si tous les héritiers sont d'accord pour un partage égal ? Après le décès, les héritiers majeurs et d'accord peuvent, une fois leurs parts légales calculées, décider ensemble d'un partage différent (par exemple redistribuer). C'est un arrangement entre adultes, à formaliser chez le notaire.
Je suis née en France et je n'ai jamais vécu en Algérie. Puis-je hériter là-bas ? Oui, si vous êtes reconnue comme héritière (filiation prouvée). La nationalité française n'empêche pas d'hériter en Algérie. Il faudra fournir vos actes d'état civil, éventuellement traduits et légalisés.
Un enfant né hors mariage hérite-t-il ? Le Code de la famille algérien est restrictif sur ce point. La filiation doit être légalement établie. Consultez un notaire pour votre situation.
Un enfant recueilli en kafala hérite-t-il automatiquement ? Non. La kafala ne crée pas de lien de filiation en droit algérien. L'enfant peut toutefois être bénéficiaire d'une wassiya (dans la limite du tiers).
Sources officielles
- Code de la famille algérien — loi n° 84-11 du 9 juin 1984, modifiée (notamment par l'ordonnance n° 05-02 de 2005). Texte disponible sur le Journal officiel de la République algérienne.
- Chambre nationale des notaires d'Algérie (CNNA) — notaires.dz (annuaire des notaires, informations sur les successions).
- Ministère de la Justice algérien — mjustice.dz.
Dernière vérification : 14/07/2026.
Cet article donne un cadre général. Chaque succession est unique : consultez un notaire en Algérie pour votre cas précis.
La rédaction Bledz